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Présentation de Raimiti
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Journal de Bord

Quelques lignes avant de filer dormir. Après une nuit « diluvienne »
accompagnée de gros tonnerre et méchants éclairs, il y a eu ce matin une
petite accalmie relative et j’en ai profité pour raccompagner Teaki au
village. Au retour, nous devions être 3, mais madame Lonbalgie et son homme
ont préféré reprendre l’avion pour Tahiti. Seul mon Japonais du jour, petit
fils et arrière petit fils de Samourai ne s’est pas dégonflé pour rentrer
avec moi. Dire que le lagon était quelque peu agité n’est pas un doux
euphémisme, je pense que pas une jointure, pas un cartilage, aucun os ni
même les disques n’ont été épargnés et ce soir, j’ai comme quelques
difficultés a me mouvoir normalement.

La météo reste vraiment très instable, il fait bien trop lourd, la pluie
n’apporte aucune fraicheur, les nuages au ras du lagon ont une sale couleur
et la deuxième couche bien plus haute en altitude n’est pas non plus
sympathique, le vent souffle encore et toujours du Nord pour nous dire que
ce n’est pas fini. Pour confirmer cela et officialiser nos angoisses, une
nouvelle alerte de dépression tropicale qui pourrait tourner Cyclone est en
formation a quelques 1500KM au Nord Ouest de Tahiti et se dirige, en se
renforçant vers le Sud-Est, c'est-à-dire : Nous. Cette petite nouvelle se
nome OLI.

Du coup, nous revoilà a renforcer les amarres des mouillages, doubler et
même tripler celles des kau. Planquer ce qui risquerait de s’envoler car ils
prévoient pour cette nuit des vents a plus de 100KM/H. je n’avais jamais vu
le baromètre aussi bas, il affiche péniblement 994 HP (hecto pascal). C’est
tout comme, si nous étions dans une dépression qui se créerait au dessus de
nous.

En attendant le bulletin météo de demain, je vais vite aller dormir quelques
heures si c’est possible.
Pas beaucoup dormi la nuit passée et pas eu besoin de réveil pour me lever
avec les premières lueurs du jour.

Le coté Tua reste toujours aussi calme et on a du mal à croire que 200
mètres plus loin, coté lagon, la tempête continue avec autant d’ardeur.
J’ose et veux croire que le plus méchant est passé. Pas plus de dégâts
graves pour le moment que ceux annoncés hier. Nous avons pu récupérer une
bonne partie du ponton cassé et nous devrions pouvoir le remettre en place
lorsque les choses redeviendront à la normale. Pour ce qui est de la météo,
il n’y a pas de changement, c’est toujours aussi fort, les grains se
succèdent, la visibilité est presque nulle, le lagon impraticable, et
pourtant la houle parait un peu moins forte.

Mes transferts (arrivées) du jour sont d’ores et déjà annulés, on reporte
tout à demain.

Par contre, quel plaisir ce matin que de recevoir autant de messages de
soutien. Merci à vous tous et toutes, vous ne pouvez pas savoir à quel point
cela réchauffe le cœur et remonte le moral qui aurait tendance à suivre la
chute du baromètre et redonne de l’espoir.

Au de-là de la beauté de ces éléments déchainés qui nous rappelle notre
misérable petitesse et notre fragilité, voir nos œuvres, résultat de notre
travail de fourmis, accomplies bien souvent dans des conditions difficiles
avec toute notre ardeur et qui se retrouvent détruites en quelques minutes,
il y a de quoi saper le moral et briser les rêves. Mais, même si cette
tempête marche et piétine sur mes rêves, nous nous relèverons et encore
merci de vos messages qui nous y aide.

Depuis ce matin et l’ouverture très matinale de mon bureau boutique d’où je
fais le journal et surveille les grains qui se succèdent, Foufou et
Handicapée ainsi que les 2 chiens, squattent l’entrée. Ils ne veulent pas
bouger. Qui est censé rassurer qui, là est la question ?
Pour le moment c’est simplement totalement couvert. Entre gris et noir,
presque pas de vent, sinon un très léger souffle de Nord-Ouest. De gros
nuages qui percent ici et là et un calme général beaucoup trop calme. Le
moral du baromètre de Patrick n’en peut plus de chuter.

Nous n’avons que 2 visiteurs pour le moment, des plongeurs. Nicolas du
centre de plongée du Nord a fait spécialement le trajet pour qu’ils puissent
plonger a Tetamanu.

Hier, Junior a récupéré le 175 CV du Camzaz. Le kau étant planqué dans le
hoa voisin, le moteur ne sera remonté qu’après l’alerte météo.

RAS du coté des poules qui pondent, des canards énervés de leur
emprisonnement, de madame Canard qui couve, des cochonnes qui vaquent
librement à leurs occupations, des lapins qui tondent la pelouse, de Foufou
qui réclame plus de nourriture que d’habitude et d’Handicapée qui monte la
garde devant la porte de ma boutique.
Nous sommes assez mal, la tempête est arrivée dans la nuit et depuis, elle
ne fait qu’empirer. Tout arrive par l’Ouest : le vent, la pluie et la houle.
Le côté lagon est totalement déchainé et impraticable.

Mes 2 visiteurs qui devaient nous quitter demain ont préféré jouer la
sécurité et vu la dégradation de la météo, nous sommes partis au village
juste après le petit déjeuner. 2 heures de « croisière s’amuse » dans une
lessiveuse et 110 litres d’essence plus tard (alors qu’il en faut au maximum
50 pour faire la route), nous étions dans la rade du port du village. J’ai
lâché les 2 partants et au moment des adieux, la dame m’a dit avoir fait
déjà fait 2 fois la « Transat » mais que notre traversée du lagon de
Fakarava resterait inoubliable et un grand moment !

Les 2 arrivants étaient déjà sur le quai à notre arrivée et, s’ils étaient
hésitants de savoir si oui ou non, ils allaient tenter l’expérience, notre
état général et nos têtes ont du finir de les dissuader. Un couple charmant,
sûrement des gens à la retraite venant gouter au calme et a la sérénité des
lieux. La dame venant juste de finir de se remettre d’une vilaine lombalgie
!

Il a vite été décidé qu’il valait mieux rester au village et que si demain
il y avait une amélioration, je viendrai les chercher puisque j’ai une
arrivée au programme.

Teaki qui n’était pas revenu à Raimiti depuis les dernières vacances ne
s’est pas laissé convaincre et il a fait le voyage retour. Retour pire que
l’aller avec une très forte houle, des bourrasques de vent et de grosses
pluies. C’est la première fois que j’ai littéralement surfé sur des
déferlantes dans le lagon avec le R3. Malgré les cirés et les combinaisons,
nous sommes arrivés totalement trempés mais surtout frigorifiés. Impossible
d’accoster au ponton tant les déferlantes étaient fortes. J’ai du me mettre
en sécurité au mouillage qui est au large. Varo est venu récupérer Teaki en
kayak et je suis rentré à la nage.

Dans l’après midi, la houle est encore montée et de nos 2 pontons, il n’en
reste plus qu’un. En ce moment, la mer lèche les murs du restaurant, tout
est plus qu’humide à l’intérieur, la digue en iri iri qui relie le
restaurant au ponton est entrain de se faire la valise, beaucoup de branches
d’arbres cassées ici et là, j’espère que nous en sommes au maximum du
méchant car bientôt, la nuit va tomber.

Voilà où nous en sommes. Aux dernières nouvelles du village, ce que nous
subissons n’aurait rien à voir avec la dépression dont tout le monde parle
mais avec une autre qui se serait formée à coté et bien plus proche de nous.
Vu la violence et la force, je serais très surpris si il n’y avait pas de
dégâts sur notre atoll.

Pas de journal hier. C’était une des plus belles journées de « bleus » que
j’ai connu à ce jour. Point de blabla, des photos suivront.

Nuit assez chaude et sans vent, mais grâce au ventilateur de Jacques, elle
est restée très agréable.

Aujourd’hui Raimiti est vide de visiteur, nous en profitons pour traînasser
un peu, en attendant la prochaine arrivée de demain.

Ca y est, la cane couve ses 15 œufs, elle ne bouge plus de son nid et pour
qu’elle puisse avoir une paix royale, les 3 males sont maintenant séparés
d’elle par un grillage. Ils n’ont pas l’air d’apprécier cette séparation
imposée mais, madame Canard a l’air ravie.

Chez les humains, je ne peux, hélas, pas mettre un grillage lorsque ça
coince entre les gens et c’est bien dommage. Les choses se passent assez mal
entre les 2 mecs qui restent et hier soir, au moment de faire le journal,
Francis est venu m’annoncer qu’il partirait par le prochain Cobia qui
passera par Raimiti. J’ai eu ensuite droit à la visite de l’autre gars qui
est venu m’expliquer que Francis avait intérêt à se calmer avant que lui, ne
le calme sérieusement. Sachant que Francis ne risque pas de faire le poids
devant l’autre, il fallait apaiser les esprits. Tout ça, pour une histoire
de 5 pieds de pastèques que le premier a repiqué dans un endroit qui n’avait
pas l’agrément du second. Cela me fait rêver car nous disposons de 6
hectares !!!!!!

Le temps de régler cette histoire de pastèques, il était trop tard pour
mettre le journal sous presse.

Il est évident que le départ imprévu de Francis va compliquer notre
organisation puisque nous sommes déjà en effectif réduit, mais comme il y a
une solution à chaque problème, nous allons nous réorganiser en conséquence.


Mathias est là ainsi que leur nouveau moniteur. Le nouveau ressemble assez à
Bob Marley mais en version blanche. Depuis hier, Mathias lui montre les
sites de plongées et notre mode de fonctionnement. Nous verrons bien s’il se
plaît chez nous. J’espère qu’il n’est pas cultivateur, cela compliquerait
encore les choses d’autant plus qu’il n’a pas le look à planter des
pastèques.

Après presque 3 jours sans le moindre vent, un léger souffle de Nord balaye
doucement le lagon depuis ce matin. Maluha m’a appelé pour m’annoncer que la
météo craignait un fort coup de vent d’Ouest pour la fin de semaine mais
cela reste à confirmer. En attendant, ce petit vent nous fait un bien fou.

14H, le même jour. Le vent commence à forcir et l’horizon à l’Ouest, passe
du bleu clair à l’encre foncée. Le temps change, c’est sûr.

Petit lunch sous les arbres en compagnie de Foufou et Handicapée. Tout le
monde a aimé ma salade de crabe glacée (passée 1h au congélateur) qui était
le plat unique de ce midi. Pour ce soir, c’est Mathias et Bob qui sont
proclamés chefs de cuisine …….on change les rôles !

Junior et les gars démontent les échafaudages qui maintiennent le Camzaz
hors de l’eau. Si le vent force et que le lagon monte, il vaut mieux être
paré et prêt à remorquer le Camzaz dans le hoa où il serait plus en
sécurité.

Au programme du jour, il nous reste à préparer le R3 pour demain. Le Cobia
arrivera dans la nuit au village et devrait débarquer son fret dés demain
matin à l’aube. Nous avons de la marchandise à récupérer mais aussi le
moteur enfin réparé du R4. Une visite du kau (R3) par les affaires maritimes
est aussi au programme de demain pour que ce bateau soit enfin immatriculé.
Junior et Mathias seront de corvée village et moi, je resterai sur le motu.

16H, plusieurs coups de téléphones venant de copains nous annoncent qu’une
dépression tropicale est déclarée à l’Ouest, du coté des îles Cook. Gros
grains, grosses pluies et grands vents seraient au menu ! Pour nous, tout
dépendra de la route que suivra cette dépression. On s’organise, les
échafaudages du Camzaz sont démontés et Junior va remorquer le R4 dans le «
hoa » protecteur. Le restaurant est barricadé, le matériel de plage remonté
bien au sec, il n’y a plus qu’à attendre la suite des événements. Nos
cuistots du soir sont déjà à l’œuvre, je crois qu’ils vont tenter de nous
surprendre.

18H, fin de cette journée. Il n’y a plus un poil d’air, le vent est
complètement retombé, tout est immobile et comme suspendu à un fil
invisible. S’il doit y avoir tempête, je ne pense pas que ce soit pour tout
de suite mais les choses se mettent en place pour le show et nous sommes aux
premières loges pour ne rien manquer du spectacle.

A suivre…

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