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Présentation de Raimiti
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Juste quelques grains ici et là dans la nuit mais rien de brutal, comme je
m’y étais préparé. Ce matin, retour du grand beau et du grand bleu.

Une matinée assez calme à Raimiti où j’ai eu le temps de profiter d’un
Foufou très en forme et de l’aigrette qui me suivait partout. Juste pour
rire, elle a fait 3 X le tour du bâtiment nouvelle cuisine à ma suite et
collée à mes savates, avant de pouvoir déguster son steak de calamar.

D’ici quelques jours, les bateaux de Tahiti vont reprendre leurs rotations
dans les îles éloignées, il est temps pour moi de préparer les commandes à
venir. J’y ai passé une bonne partie de la matinée. Entre l’alimentaire, le
carburant et les nombreuses petites choses à remplacer ou qui manquent
encore, il vaut mieux être assez précis pour ce travail.

Après le lunch de midi, j’ai emmené nos Suisses faire un tour sur les motu
isolés du coté de Tikatonga. Une colonie de Fous s’est installée dans les
mikimiki et il y a des œufs et des petits (grosses boules de duvet blanc
neige) un peu partout.

Longue trempette-snorkeling en nageant parallèlement au motu. Que dire sinon
que c’est toujours beau, riche, vivant et coloré. Un gros banc de perroquets
bleus est venu presque dans nos jambes, il y en avait partout !

Retour à la maison avec une petite pêche à la traîne et prise d’une belle
carangue qui est maintenant au frigidaire en attendant le repas de demain
soir.

Fin de journée à la maison côté Tua. Le léger vent d’Est enrobe le motu du
délicat parfum des fleurs de kahaia, il y a quelque chose de presque irréel
et magique à déambuler dans cette cocoteraie parfumée.

Ce soir, le ciel étant maintenant bien dégagé, je risque de pouvoir
reprendre la contemplation de l’autre océan, celui qui est au dessus de
notre tête et où brille des milliers de perles.
Lundi 11 janvier 2010, RAS de spécial pour la matinée ; dans l’après midi
nous sommes allés à Tetamanu pour refaire une « rentrante » qui sortait
encore. La passe étant plus que calme, le snorkeling a été très facile et
agréable. Petit « coucou » à Camille qui m’a donné un bon paquet de « ature
» pour assurer les prochains repas de Foufou. Petite pêche à la traîne à la
sortie de la passe où nous n’avons pas eu la moindre touche.

Sur le chemin du retour, sur un banc de gravier là bas au loin, c’est entre
motu Iti et Kokakoka que j’ai aperçu une bizarre tache, verte et blanche.
Changement de cap vers la tache. C’est ainsi que nous avons découvert
l’épave de nos 2 naufragés qui, finalement, portée par la houle et le vent
est venue s’échouer dans ce coin perdu. Le temps de la retourner, de voir
que les dégâts n’étaient pas si graves, de l’amarrer à notre kau, elle était
parée pour être remorquée et rejoindre son nouveau port d’attache à Raimiti.
Je pense que le propriétaire va se faire connaître et dans le cas contraire,
après quelques réparations, cela fera un joli petit kau de pêche pour Teaki.

mardi 12 janvier 2010, 17H. Levés à 2H45 pour une pêche de nuit qui a été
plus que nulle. Même pas un petit poisson d’attrapé, alors qu’il y avait 4
pêcheurs dans le kau !Le reste de la journée a été assez long. Départ de
Floflo pour Tahiti, il en reviendra dans 2 jours. Départ aussi pour 2 autres
visiteurs, il ne reste plus que notre charmant petit couple de
Suisses.Courses habituelles au village où j’ai pu refaire le plein de fruits
et légumes chez Sophie, puis de notre glacière de pain chez Jacques.Teaki
nous attendait au quai, assez impatient de nous voir arriver. Il a suivi la
petite délégation jusqu'à l’aéroport et à 13H, je l’ai laissé à l’école.Sur
le chemin du retour, le vent est passé de modéré à complètement nul. Plus le
moindre souffle d’air en cette fin d’après midi. Il fait encore très lourd
et je ne serai pas étonné que cela se transforme en orage. Mais peu importe
ce qui va se passer, ce soir, c’est très tôt que j’irai dormir.

Que du ciel bleu jusqu'à midi puis retour du gris dans l’après midi pour
finir avec du noir bien menaçant en fin de journée.

Nous sommes allés à Irifa Beach à la rencontre des naufragés. Les 2 gars
étaient là sains et saufs, mais encore sous le choc de l’aventure.
Finalement, ils se sont payés une patate de corail qui a cassé le moteur
laissant le kau partir à la dérive. Ce n’est que trop tard qu’ils ont
réalisés que la coque était cassée et que le kau sombrait. Dans l’urgence et
la tempête, ils ont voulu vider la nourrice d’essence pour l’utiliser comme
flotteur. Ils se sont rapidement trouvés baignés d’essence et les vêtements
(merde in China), ont commencé à fondre sur eux. Voilà pourquoi ils se sont
rapidement dévêtus. Ensuite, ils sont partis à la nage, dans le noir et le
mauvais temps vers l’Est. Le bain forcé a bien duré de 20H à 5H du matin et
les gars avouent que sans la nourrice d’essence qui faisait office de
flotteur, ils ne seraient sûrement plus de ce monde. Finalement beaucoup
plus de peur que de mal et peut être un peu plus de plomb dans la cervelle
avant de tenter la prochaine traversée. Radio cocotier a bien fonctionné et
ils ont été rapatriés au village dans l’après midi. Je crois que le
propriétaire du kau qui avait prêté son bien risque de faire la grimace !

Fin des vacances de Noël ; j’ai ramené Teaki au village en fin d’après midi.
C’est, pour chacun de nous, de plus en plus difficile de le laisser à son
autre vie du village. Il faut dire qu’il a vraiment su prendre sa place dans
notre petite communauté où il est aussi à l’aise qu’un poisson dans l’eau.

J’avais 2 arrivées de prévues sur le vol de 17H qui est arrivé comme
d’habitude avec 30 minutes de retard. Retour à la maison sur un lagon
relativement calme et sous un ciel franchement menaçant. Nous sommes arrivés
par nuit noire mais en ayant échappé à la pluie.
L’eau du ciel est tombée non stop toute la nuit et au petit matin, c’était
pire : un vrai déluge. Pour le transfert du jour, pas moins de 15 partants.
Un lagon déchainé, un ciel totalement noir et un bon vent de Nord et Nord
Ouest. Une vraie partie de plaisir en perspective !!!

Pour cette petite excursion, nous avons préféré y aller avec 2 kau. Le R3
pour les passagers et le kau de T.Dive pour les bagages. Tout a été presque
parfait jusqu'à moitié chemin lorsque, suite a l’oubli de changement de
nourrice d’essence du kau T.Dive, ce dernier est tombé en carafe. Après
l’avoir convenablement alimenté, impossible de remettre la bête en route.

Ayant juste le temps nécessaire pour arriver au village dans les temps, nous
avons transbordé les valises, les sacs et les glacières dans le R3 qui avait
tout du boat people surchargé. Le T.Dive est resté sur place bien ancré.
Nous sommes arrivés dans les temps après une belle séance de « secouages »
dans tous les sens. Je crois que si parmi nos passagers, il y en avait qui
avaient besoin de massages et de remise en place des « nonos », c’est chose
faite. J’ai déjà fait par le passé des traversées difficiles et celle de ce
jour prend une des premières places du palmarès. Quoi qu’il en soit, j’ai eu
de la chance d’avoir à bord que des gens compréhensifs et confiants, au
raisonnement honnête et surtout, de ne pas avoir eu, une âme du genre
Missrimel (une visiteuse plus que malhonnête et menteuse dans ses
commentaires sur T.Advisor).

Après avoir laissé notre petit monde à l’aéroport, c’est en compagnie de
Francis et Teaki nous sommes revenus au village. Un stop lunch chez Cécile
était obligatoire avant de penser à s’attaquer au retour et ce petit repas,
bien installés au sec et au chaud fut vraiment apprécié. Petit stop chez
Nunu où de nombreux panneaux affichent que tous les crédits sont MORTS
depuis le 3 janvier 2010. Autre stop chez la pâtissière du village où un
autre panneau annonçait le même décès. Il doit y avoir quelques problèmes
d’encaissement avec les crédits en cours au village.

Retour à la maison avec les mêmes conditions météo mais cette fois nous
étions avec un vent arrière qui a bien facilité les choses. Francis est
resté aux commandes du R3 et après avoir attaché le kau T.Dive en remorque,
nous sommes doucement repartis sur Raimiti. Il m’a fallu un bon quart
d’heure de bidouillages divers du coté des nourrices d’essence, de la
robinetterie et des filtres a essences pour admettre mon incompétence totale
car tout était normal.

C’est en prenant place au volant du kau que toute la lumière divine passant
par mes yeux fatigués s’est posée sur le petit truc en plastique que les
pros appellent « coupe circuit ». Il n’était pas en place et je pense, que
Francis, avec le lagon démonté du matin, a dû le faire sauter sans voir ce
qui se passait. Comme toute notre attention était focalisée sur l’essence,
nous ne risquions pas trouver.

Fin d’après midi tranquille à Raimiti avec les premiers trous bleus dans le
ciel ici et là. J’en ai profité pour faire une pause lecture sur la terrasse
côté TUA. Je n’avais pas lu 10 pages du bouquin que les 2 chiens se sont mis
à aboyer comme des fous. Un gars arrivait à pieds venant du coté du village.
N’ayant plus personne à Raimiti, ce ne pouvait être un des nôtres. Il m’a
fallu tenir fortement les chiens très contrariés de cette visite imprévue.
Le gars est finalement arrivé à la maison avec comme seul vêtement, un
lambeau de T-shirt qui ne cachait pas grand-chose. Dans un état de grande
fatigue, il m’a demandé de l’eau et ensuite, après avoir longuement bu, il a
expliqué.

Partis hier avec un copain sur un kau, ils devaient aller à Irifa apporter
des provisions à ceux qui y font actuellement le copra. Le mauvais temps, le
lagon déchainé et la panne moteur : voilà les 3 éléments qui transforment
une traversée d’une heure en cas de détresse. L’équipement du kau devant
être plus que sommaire, ils sont partis à la dérive vers l’Ouest. Vu l’état
du lagon, le kau a dû se remplir d’eau et à8 heures du soir, le bateau
coulait. Ils ont nagés toute la nuit (jusqu’à 5 heures du matin) pour
regagner la cote Est, récupérer quelques forces et reprendre la route à
pieds (nus) et le reste du corps aussi, vers le lieu habité le plus proche,
c'est-à-dire Irifa.

J’ai donné un pareo au naufragé et lui ai proposé de le pousser d’un coup de
kau jusqu'à sa destination finale, mais il a préféré finir les 2 kilomètres
restants par ses propres moyens. En ce qui concerne le second naufragé, je
sais seulement qu’il a pu regagner la côte Est et qu’il est en vie.

J’en saurai un peu plus en allant faire un tour à Irifa dés demain.

Coucher de soleil incroyablement beau, nous avons bien pensé à notre super
mamie Georgette qui rêvait d’en voir un et qui n’a vu que du gris et du
noir. Comme ils disent en Suisse : c’est mal fait !
Le matin :

Le mauvais temps dure et perdure. Il a plu presque toute la nuit et le jour
est arrivé avec sa palette de gris comme hier. Le vent est reparti au Nord
et le lagon moutonne ardemment avec nombres de petites crêtes blanches.

Petite promenade matinale le long du « papa » mais aucune trace d’une
bouteille de vin, je me demande ce que fait Mathias ? Si rien ne vient dans
les prochaines heures, j’irai moi-même en jeter une du ponton et 30 minutes
plus tard, j’aurai la fabuleuse idée d’aller faire un tour sur la plage
d’Irifa où surprise…..je trouverai une bouteille de rouge !

Pas de sortie prévue pour ce matin, nous avons proposé de faire une
tentative à la lune, mais, je crois qu’ils ont été assez secoués et mouillés
hier.

Notre mamie Georgette s’adapte fort bien à la vie du motu malgré le mauvais
temps et cela fait vraiment chaud au cœur de voir que pour se sentir bien
chez nous, il n’y a pas de limite d’âge et que tout est question d’état
d’esprit. Elle aurait beaucoup aimé voir un de nos fameux « coucher de
soleil » et jusqu'à maintenant c’est vraiment loupé, alors, si les instances
supérieures me lisent, ce serait vraiment cool de faire un trou de bleu à
l’Ouest sur le coup des 17H30. Merci d’avance.

Fin d’après midi :

Après le lunch de midi, j’ai réussi à décider ma petite équipe de braver les
éléments pour une petite sortie à Irifa. L’endroit habituellement très calme
avec une eau cristalline était remplacé par une plage bien agitée sous le
coup des déferlantes et l’eau claire, remplacé par du milkshake dans lequel
on aurait versé une goutte de curaçao bleu. Cela n’a pas empêché mes chinois
d’aller pêcher et de revenir avec des becs de cane et un joli requin que
Castor et Rutu se sont chargés d’achever. Baignade plus ou moins « surfante
et secouante » pour les autres et malgré la grisaille, la trempette fut bien
agréable avec une eau suffisamment chaude. L’opération « remontée » des
visiteurs dans le kau et retour à la maison m’a fait penser à un rodéo
aquatique. Les 3 gars (Junior, Francis et Varo) nous attendaient en bout de
ponton pour aider à l’accostage et au transfert kau-ponton et c’était tout a
fait justifié.

Elvina a passée une bonne partie de l’après midi aux fourneaux pour préparer
le dîner de cette joyeuse équipe qui garde le moral malgré le vilain temps.
Gratin de crabe, filets de perroquet sauce orange et légumes sautés puis
gâteau au chocolat pour finir et fêter l’anniversaire de notre Super mamie.

Dernière soirée de travail pour Vai qui rentrera demain sur Tahiti avec sa
fille. Ses bagages sont bouclés mais elle m’a dit, qu’elle n’était vraiment
pas pressée de partir. Son départ risque d’être émotivement difficile
puisqu’il n’y a pas de date retour de fixée. Pour Francis qui veut rester,
cela risque de ne pas être si simple sans sa « vahine ».

La fin de la journée s’approche et rien de prometteur ne se passe à l’Ouest
pour un petit et joli coucher de soleil. Je constate que les instances d’en
haut sont aussi efficaces et à l’écoute que les préposés de la poste.

Voilà pour le résumé de cette journée qui s’achève tranquillement dans la
grisaille.
Nouvelle journée passée dans les tons de gris clair, foncé et même noir. Le
vent est passé au Nord, j’espère que Mathias a pensé à jeter une bouteille
de vin rouge au lagon, puisque je suis dans l’axe.

Ce matin, avec mes 15 visiteurs nous sommes allés à Tetamanu faire une
sortante puisque le courant en avait décidé ainsi. Mise à l’eau de tous mes
têtards au niveau de chez Sané et récupération de l’équipe à l’extérieur de
la passe. Visiblement, tout le monde a eu le temps d’en prendre plein les
yeux.

Visite de courtoisie à Camille, puis visite du motu avec explications
historiques en passant par la case église dont j’avais les clefs. Retour à
la maison avec un superbe orage qui venait sur nous, donc inévitable. Pas
besoin de douche à l’arrivée, ils ont tous été dessalés gratis et même plus
qu’il ne fallait. Il m’a fallu un peu de temps pour me réchauffer mais mon
«pote » Baron d’Arignac était là pour me secourir.

Nous sommes retournés à Tetamanu dans l’après midi pour une pêche à la
traîne à l’extérieur de la passe. Bien moins nombreux que ce matin, juste 3
« accros » m’accompagnaient en plus des 2 chiens et de Teaki. Pas mal
d’oiseaux mais aucune chasse en vue : 3 carangues et 1 beau tarefa, voilà
pour le tableau de pêche, c'est-à-dire un résultat très moyen !

Alors que j’écris ces lignes, le service météo de Raimiti annonce en direct
un changement brutal du vent avec un glissement du Nord à l’Ouest alors que
Junior est en plein BBQ et grillade de rougets. Nous craignons le pire (pour
les rougets).
mardi 5 janvier 2010, le matin.

La pluie tombe toujours et je n’ai rien de plus à vous raconter qu’hier. Une
lectrice avisée m’a conseillé de me pencher un peu plus sur le « puzzle »
pour mieux faire passer le temps, mais je n’accroche vraiment pas !

Reste pour moi la possibilité de faire aussi court qu’hier (c’est raté
puisque j’en suis déjà à la cinquième ligne) ou au contraire de vous en
mettre une super tartine qui risque d’être un peu indigeste en cas de
consommation matinale avec le café.

J’opte pour la méga tartine : en contrôlant les ménages des fare coté récif
en prévisions des arrivées du jour, je suis tombé sur un article de la
romancière Ludmila Oulitskaia qui s’interroge sur la conscience humaine.
Voilà quelqu’un, à des milliers de kilomètres de notre petit paradis, qui
(pour moi) a su trouver les mots qui conviennent pour dépeindre la situation
de l’homme et de la planète terre d’aujourd’hui. Ce qu’elle écrit et les
questions qu’elle se pose, c’est en partie aussi, ma façon de penser et peut
être que certains d’entre vous sont aussi dans ce cas. Cela ne changera
surement rien à rien, mais parfois il est bon de se sentir moins seul à
penser certaines choses et comme cela ne coûte rien de partager…

BONNE LECTURE.

Il existe des milliers de scénarios de fin du monde, imaginés aussi bien par
des illuminés incultes de diverses tendances religieuses que par des
scientifiques extrêmement qualifiés et réfléchis. La crise actuelle n’est en
fait que la minuscule pointe de l’iceberg d’une catastrophe planétaire que
l’humanité a tenté, durant toute la seconde moitié du XX siècle, de conjurer
ou, pour les citoyens plus ordinaires, d’ignorer. L’une des principales
caractéristiques de l’époque actuelle est, a mon sens, le changement brutal
non pas de l’un des paramètres de notre existence, mais de tous ces
paramètres sans exception, y compris la nature biologique de l’être humain,
qui s’est soudain mis à manifester des propriétés jusque-là insoupçonnées.

Les lois fondamentales sur lesquelles s’appuyait notre conscience ont
commencé à chanceler, ou du moins à montrer leurs limites. La pérennité de
l’existence de notre espèce biologique, homo sapiens, la seule capable de
réfléchir, de se connaitre elle-même, à ce qu’il nous semblait (aujourd’hui,
cela est remis en doute), cette pérennité, assurée par la stabilité de notre
lieu de vie, l’immuabilité de notre planète, est elle aussi remise en cause.
Le pouvoir de l’homme sur la nature s’est révélé être une illusion. Les
processus qui accompagnent la vie des humains mettent désormais en danger
l’existence même de leur planète. Les conséquences de nos activités sont
déjà irréversibles, et le progrès scientifique et technique ne permet pas de
réparer les dégâts infligés à notre environnement. La société de
consommation a presque « consommé » la planète.

L’astrophysicien britannique sir Martin Rees, qui fait sans aucun doute
parties des scientifiques les plus compétent du moment, estime que
l’humanité a autant de chances d’arriver au XXII siècle que de ne pas y
arriver. Les plus optimistes de ses confrères pensent qu’il nous reste
quelques milliards d’années avant que le rideau tombe. Ce pronostic là me
semble encore plus irréaliste. Quoi qu’il en soit, la question est
clairement posée, et il est évident que la manière dont l’homme a organisé
sa vie sur la Terre est catastrophique. D’un coté, la misère, les épidémies,
les famines. De l’autre, une superproduction de produits alimentaires et de
consommation, un luxe inouï et dément. Des guerres absurdes, une agressivité
incontrôlable, des sciences extrêmement développées, alors que la moitié de
l’humanité ou presque reste analphabète. Evidement, derrière tous ces
phénomènes, il y a une crise de la conscience et des systèmes mythologiques
issus de cette conscience. Si on veut bien admettre cela, il faut aussi
admettre l’effondrement de toutes les mythologies, les relativement
anciennes comme les relativement récentes. Cela concerne en particulier les
mythes sociaux et politiques.

Les deux modèles sociaux de base, le capitalisme et le communisme,
n’existent à ce jour ni dans la réalité ni dans le champ de la science.
C’est un théâtre d’ombres. Ceci doit donc inciter à renoncer aux clichés
idéologiques d’autrefois. Nous avons subi un choc tectonique. Le passé s’est
détaché du présent. Et il semble qu’il n’y ait pas d’avenir. De ce point de
vue, il est trop tard pour se demander si le monde sera bipolaire ou
multipolaire, capitaliste ou socialiste, démocratique ou totalitaire.
Désormais, il faudrait repartir d’une page blanche. L’expérience passée
n’est plus adaptée au contexte nouveau. L’humanité s’accroit, la planète
rétrécit, les réserves d’eau et d’air pur diminuent, tout comme la quantité
totale de chlorophylle, et les déchets radioactifs et chimiques
s’accumulent.

Alors, de quoi faut-il discuter ? De l’évolution spécifique de la Russie ?
Des différences subtiles entre Occident et Orient ? De la tendance
eurasienne de notre pays ? Tout cela est dépassé. Maintenant, le seul sujet
qui doit nous occuper, c’est de penser que si l’on ne bouge pas, si l’on
n’opère pas un changement de conscience, nous allons tous disparaitre
jusqu’au dernier ; les Noirs et les Blancs, les musulmans et les hindous,
les pauvres et les riches, les homos et les hétéros, les faucons et les
colombes, les militants de droite et ceux de gauche.

La crise est un phénomène pénible mais purificateur. C’est une occasion de
revoir les axiomes et les règles, les lois et les schémas, les stéréotypes
et les poncifs qui emprisonnent notre conscience. Cela s’applique d’abord
aux constructions idéologiques. Aujourd’hui, les paramètres chamboulés du
monde forcent à réévaluer le matériau qui forme notre conscience. L’humanité
n’a aucune chance de survie si cette conscience n’atteint pas un autre
niveau, en rejetant les vieux mythes, en se libérant des égoïsmes nationaux
et corporatistes ; si l’humanité n’apprend pas à penser la vie comme la
valeur suprême et à l’appréhender au sens large en y incluant la faune et la
flore, en considérant sa propre espèce biologique comme la plus organisée,
peut être, mais pas comme une espèce qui peut consommer toutes les autres.
Il faut revoir l’idée de la consommation comme base de l’existence, de la
société de consommation comme structure du monde. Il y a une monstrueuse
distorsion : l’humain raisonnable est devenu un humain consommateur, ce qui
a mis l’ensemble de la planète dans une situation catastrophique. J’ignore
quels sont les mécanismes qui permettraient d’encourager ce processus de
révision du monde, de renouvellement de la conscience. Mais, quoi qu’il en
soit, il est indispensable d’aborder un nouveau mode de pensée et de
s’attaquer à l’élaboration d’une stratégie de survie.

On peut dire pour conclure que l’âge d’or vient de s’achever. Nous n’avons
pas réalisé que l’époque dévolue à notre génération, la seconde moitié du XX
siècle, a été, malgré toute sa cruauté, une époque d’abondance comme on n’en
avait jamais vu auparavant. Nous n’avons pas connu la famine et les
répressions politiques, contrairement à nos grands-parents ; nous avons pu,
dans notre jeunesse, voyager à travers un pays immense et magnifique
(l’URSS), profiter des plages désertes et cueillir des fruits des bois dans
des forêts fabuleuses, boire l’eau pure des ruisseaux, pêcher dans des lacs,
respirer de l’air non pollué et les pluies qui tombaient conformément aux
saisons, n’étaient ni acides ni alcalines, elles étaient bienfaisantes. Nous
avons subi les privations des années d’après-guerre, ou du moins les
restrictions, mais, par la suite, nous sommes devenus si riches que nous
avons cessé de porter la même paire de chaussure pendant des décennies. Nous
avons acheté des vêtements neufs couteux, au lieu de les user à l’endroit et
à l’envers. Nous nous sommes équipés de réfrigérateurs et de téléviseurs,
sans remarquer que cette révolution était plus importante que celle
d’Octobre. Insensiblement nous nous sommes mis à vivre dans le monde du
futur, arrivé sans crier gare. Après, les frontières se sont ouvertes, et
nous, les ex Soviétiques, nous avons pu découvrir Paris et Rome, le Caire et
Delhi. Nous avons oublié les tickets de rationnement pour le pain et nous
sommes habitués à voir les rayons des magasins crouler sous toutes sortes
d’articles.

Tout cela est fini. Nous sommes entrés dans une nouvelle ère,
définitivement. Le monde ne connaitra plus jamais une aussi monstrueuse
prodigalité, un tel luxe. Non pas parce que tout ce que nous avons eu va
être partagé avec des pays où les gens marchent pieds nus et s’habillent
d’un bout de tissu qu’ils tiennent de leur grand mère, mais parce que le
monde ne peut dorénavant plus vivre comme il a vécu lors de la seconde
moitié du XX siècle. Il ne le pourra plus jamais.

Nous avons refusé de nous restreindre volontairement. Désormais, nous y
serons forcés. Nous sommes arrivés à un temps ou va se produire (et cela a
déjà commencé) une révision des valeurs.

Mais que de déchets nous allons devoir évacuer de nos esprits………

Ludmila Oulitskaïa
mercredi 6 janvier 2010, le matin.

Suite au succès incontestable de l’article de Ludmila d’hier, aux très
nombreux mails reçus en retour, à notre centrale téléphonique totalement
saturée par vos nombreux appels, à la rédaction prise d’assaut et à la
mini-émeute spontanée sur le motu bloquant le passage du lagon à Tua, je
vous promet de continuer à vous abreuver de saines lectures les jours de
pluie.

Raimiti étant à la pointe de l’info, dont il faut tenir compte, le prochain
sujet pour la prochaine grosse pluie sera :

Les diverses Apocalypses prévues pour les années à venir.

Avec ces précieux renseignements, vous devriez avoir le temps de faire vos
valises et vos cartons, obtenir quelques prêts bancaires, faire des
promesses que vous n’aurez pas à tenir, bref : vous préparer !

Au sommaire, vous aurez le choix entre :

2012 avec Nibiru

6 septembre 2017 avec le cataclysme zapotèque

8 juillet 2022 avec l’invasion réticulienne

3 avril 2033 avec les alpagas de l’Apocalypse

Sinon, il y a aussi « le trou explosif » : un vendredi a 21H47 dans les 23
années qui viennent.

Comme vous pouvez le constater, le choix des catastrophes à venir ne manque
pas et si jamais une de ces prédictions était fausse, il reste de quoi
espérer avec les autres.

Pour plus de détails du déroulement d’une ou de toutes de ces fins
annoncées, merci de contacter la rédaction.

A part ça, la pluie ne tombe plus même si le ciel reste très gris. Le vent
souffle toujours du côté Tua et il fait moins chaud.

Hier, j’ai été au village pour récupérer 13 nouveaux arrivants : des
français et des chinois de Tahiti. Par chance nous avons pu faire les 2 sens
sans prendre trop de pluie.

Je suis plus inquiet pour la traversée de ce jour où je dois récupérer une
dame qui frôle les 80 printemps.

21H. le même jour.

Finalement, la traversée aller-retour village n’a pas été aussi pire que ce
que je craignais. Notre mamie est en fait une super-mamie et dés demain,
elle ira découvrir Tetamanu si la météo le permet.

Je ne serais pas plus bavard ce soir, la journée a été longue.
La pluie est revenue dans la nuit et depuis elle tombe non stop. On s'occupe
comme on peut.
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